La Villa Ephrussi, le jardin des délices

06 novembre 2007

Une fantasque baronne, amoureuse des arts et de la couleur rose en particulier, fit édifier en 1905 une “folie” inspirées des grandes demeures vénitiennes et florentines. Ce palais “rose” où le grandiose avoisine parfois le mauvais goût, dévoile l'un après l'autre ses charmes et ses jardins, pour notre plus grand plaisir.

“On dirait qu'on est hors saison”, comme le chantait Francis Cabrel. A priori, le pire moment pour découvrir l'un des plus beaux jardins de la Côte d'Azur, celui d'Ephrussi. Mais loin du brouhaha estival, c'est sans doute la meilleure époque pour goûter pleinement les jardins extravagants réalisés par la richissime héritière Rotschild, la baronne d'Ephrussi.
A une époque où l'on voyageait peu (les années 1880), elle fait preuve d'audace, partant découvrir le monde et ses jardins. De retour en France, elle acquiert une pointe de terre, magnifiquement située derrière Saint-Jean-Cap-Ferrat. C'est là qu'elle y fait édifier un palais digne des Mille et une nuit bourré de collections de tableaux et de dessins inestimables. Mais son goût immodéré pour les arts ne s'arrête pas à la peinture. Loin de là. De ses périples, elle a gardé un amour pour les fleurs et la nostalgie de destinations lointaines. Ici, elle laisse libre cours à son imagination exubérante - elle en a les moyens -, et fait appel aux meilleurs paysagistes de l'époque pour lui construire une succession de sept magnifiques jardins à thème, qui se découvrent les uns après les autres, comme les sept voiles de Salomé : un jardin espagnol dans le style mauresque, un jardin florentin, là une roseraie, ici des plantes succulentes, un jardin zen et bien sûr un parc à la française - donnant  l'occasion d'un spectacle digne de la cour de Louis XIV.

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Pour l'heure, il pleut sur ce site paradisiaque. Tant mieux, les hordes bruyantes de touristes n'investiront pas les parterres vierges. La visite commence dans un dédale de papyrus et de cyprès abritant un ruisseau, souvenir des jardins murmurant de l'Alhambra. La pluie s'invite au concert. Plus loin, un belvédère où une Vénus au bain en mal d'admirateurs nous attend. Au détour d'un chemin, un péristyle entoure un étang, contrefaçon de la villa d'Adrien, de Tivoli. Soudain, une échappée de parapluies noirs évoquent une estampe d'Hiroshige : pastiche dans le pastiche, vision en abîme. Tout comme le soin apporté à la perspective qui mène l'œil du visiteur jusqu'au palais rose bonbon, tel que le firent les architectes de la Renaissance italienne, imaginant une cité idéale. Ici, tout est créé pour la satisfaction visuelle de l'hôte. La nature maîtrisée se plie aux désirs de toute puissance de l'homme.
Nous quittons ces lieux trop ordonnés pour rejoindre l'ombre et le mystère du jardin zen. Là aussi, la baronne convia les meilleurs jardiniers du Mikado pour qu'ils ressuscitent les splendeurs des extérieurs impériaux : forêts de bambous, camélias blancs et roses et petits ponts japonisants inclus. Parvenu à la roseraie, il faudra attendre encore quelques mois avant de jouir du spectacle des roses en fleurs. Nous traversons une jungle tropicale composée de bananiers.
Un ruisseau en cascade, puis canalisé nous mène devant un pareterre que ne désavouerait pas le jardinier Le Nôtre. Le grand canal offre sa perspective devant le palais. Jets d'eau, arbres taillés au cordeau. Ici, tout est mesuré, modelé. La graminée est pourchassée comme une mauvaise herbe. A l'heure précise, surgissent du grand bassin, les jets d'eaux musicaux.

   

   Vidéo envoyée par www.dailymotion.com/gabgen

Près de Nice, la villa Éphrussi a plus d'un pastiche dans ses jardins. Ici, sur une musique de Rossini, la pièce d'eau se donne des airs de Grand Canal. Kitsch ou sérénissime ?       

   




   

En musique, le Grand Paon, la Valse, les tulipes et autres jeux gyroscopiques offrent au visiteur une spectacle un peu kitsch, mais inoubliable sur un air de Rossini.
Fin du ballet. La beauté, même exubérante, apporte un bien-être, comme une parenthèse enchantée hors du temps et des contingences.

Villa Ephrussi de Rothschild
06230 Saint-Jean-Cap-Ferrat
Tél 04 93 01 33 09.
www.ephrussi.com

Tarif : 9 euros
Enfants de - de 7 ans : gratuit.
Horaires d'ouverture du 4 février
au 2 novembre de 10 h à 18 h.
19 h en juillet et août.

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